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Une croix pendentif du haut Moyen Âge découverte au Thier d’Olne à Engis

dimanche 6 mars 2011, par Gianni GAVA, Jacques WITVROUW, Jean-Louis HENS

La colline du Thier d’Olne à Engis (province de Liège) occupe une position privilégiée, dominant la rive droite de la Meuse à proximité de l’ancien gué d’Ombret. Depuis 1985, le Cercle archéologique Hesbaye-Condroz y fouille les vestiges d’un important complexe de bâtiments datant du haut Moyen Âge (milieu du VIIe siècle – début IXe siècle). Sur le rebord sud-ouest du plateau qui surplombait jadis le fleuve, on a identifié des structures d’habitat, plusieurs édifices religieux et un cimetière qui constituent les éléments d’un centre domanial mérovingien dont le développement s’est poursuivi à l’époque carolingienne.

Au début du IXe siècle, la résidence aristocratique prit la forme d’un véritable ensemble palatial (Pfalz). En effet, la disposition des bâtiments, leurs dimensions inhabituelles pour l’époque, l’usage généralisé de la maçonnerie, la découverte de plusieurs malaxeurs à mortier, la présence aussi d’une enceinte palissadée, tout indique que l’on est en présence d’une installation plus importante qu’une simple résidence rurale. Ce complexe s’articulait autour de deux cours. La première, rectangulaire (20 x 30 m) était comprise entre une église (21 x 6 m) et un vaste bâtiment d’habitation (27 x 18 m), alors qu’un mur en matérialisait la limite nord-est. Ces trois éléments formaient eux-mêmes la limite sud-ouest d’une seconde cour trapézoïdale plus vaste (2000 m2 environ) dont les côtés nord-ouest et sud-est étaient occupés par deux autres édifices de plan rectangulaire (24 x 9 m). Au nord-ouest, ce complexe du IXe siècle était bordé par un fossé rectiligne d’une largeur moyenne de 3 m. Son remblai a notamment livré un éperon de cavalier, une fibule ansée symétrique zoomorphe et une remarquable croix pendentif. Ces objets viennent confirmer le statut particulier du site.

La croix qui a récemment été restaurée (C. Cappucci, SPW, DGATLP, Direction de l’Archéologie, Namur), a une hauteur de 7 cm. Elle est de type pattée, aux branches égales, étroites, s’élargissant peu et sans courbure (environs 7 mm vers le centre pour 9 mm aux extrémités). L’une des branches se termine par un anneau de suspension. Elle est constituée d’une âme en fer, recouverte de plaques d’argent. Sur la face antérieure ce plaquage est doré et percé de cinq ouvertures circulaires de 3 mm qui laissent apparaître l’âme. Ces ouvertures peuvent correspondre à des rivets de maintien de la structure, mais aussi par leur disposition, l’une au centre, les autres aux extrémités, au sertissage de cinq pierres disparues d’une croix gemmée. Cette même face présente sur ses quatre branches un texte gravé maladroitement qui est resté longtemps énigmatique en raison de sa disposition particulière, de ces nombreuses ligatures et de l’éclatement du plaquage sous la pression de l’oxydation de l’âme. L’interprétation du texte latin que nous proposons paraît néanmoins assurée.

Enfin, un fil d’argent entoure l’origine d’une des branches latérale. Il pourrait soit correspondre à une réparation sommaire, soit plutôt indiquer l’existence d’un accessoire jadis suspendu à la croix et aujourd’hui perdu.